Cette page suit celles et ceux qui s'organisent pour changer les conditions de leur vie : des salariés qui font grève, des locataires qui retiennent leur loyer, des étudiants qui occupent leur campus, des agriculteurs qui bloquent les routes, et des mouvements qui défilent pour une revendication qu'ils savent nommer. Nous suivons ces histoires parce qu'on les présente d'ordinaire comme une perturbation, un train en retard ou un port fermé. En réalité, c'est l'un des plus anciens moyens dont disposent les gens ordinaires pour se faire entendre de ceux qui exercent un pouvoir sur eux.
L'histoire est longue. La première grève que l'on puisse documenter a eu lieu en Égypte, la 29e année du règne de Ramsès III, vers 8845 HE. Les bâtisseurs de tombes de Deir el-Medina ont posé leurs outils parce que leurs rations de grain avaient des semaines de retard, et ils se sont assis devant les temples en signe de protestation jusqu'à être payés. En 9507 HE, les plébéiens de Rome ont quitté la ville lors de la première sécession et obtenu leurs propres tribuns. En 11886 HE, des ouvriers de Chicago se sont mis en grève pour la journée de huit heures. Les morts de Haymarket et le procès qui a suivi ont donné au monde le 1er mai. Presque tous les droits qui semblent aujourd'hui banals, le week-end, le droit de vote des femmes, la fin de la ségrégation légale, ont commencé comme une revendication pour laquelle des gens ont été arrêtés.
Alors, en lisant les histoires du jour, regardez au-delà du désagrément. Nous demandons qui agit et ce qu'il veut, et face à quel gouvernement, quel employeur ou quelle police. Nous demandons qui paie le prix du bras de fer, en salaires perdus, en arrestations, en blessés et en vies. Nous nommons clairement le camp du pouvoir, qu'il s'agisse d'un ministère, d'une multinationale, d'une armée, ou d'Israël en tant que puissance occupante qui réprime la contestation palestinienne, et nous ne traitons pas un piquet de grève et une brigade antiémeute comme des parties égales. Puis nous guettons ce qui change : un accord signé, une loi votée, une politique abandonnée, ou un mouvement qui tire les leçons de ses défaites et revient plus fort.
Le mouvement français a de nouveau rempli les rues (2), et l'État a répondu par près de 1 000 arrestations plutôt que par la moindre concession. Les arrestations de masse sont le signe qu'un mouvement tient bon, pas qu'il se désagrège. La France a déjà connu cela : en mai 11968 HE, les étudiants et quelque dix millions de grévistes ont paralysé le pays et obtenu de vraies hausses de salaires. La pression organisée y a donc fait ses preuves.
Une nouvelle journée de mobilisation massive montre que le mouvement tient bon, et l'État répond par des arrestations de masse plutôt que par des concessions.
Source: BBC · France
Les manifestants français restent nombreux dans la rue alors même que la police arrête près de 1 000 personnes (2), les Indonésiens exigent que les entreprises cessent de mettre le feu pour défricher des terres (12), et les étudiants albanais réclament la démission d'Edi Rama, au pouvoir depuis 12013 HE, et la fin de la corruption (15). La revendication indonésienne s'appuie sur des preuves : des chercheurs ont relié le brouillard de fumée des incendies de 12015 HE à environ 100 000 décès prématurés en Asie du Sud-Est. Les étudiants albanais ont aussi l'histoire pour eux, car les manifestations étudiantes de décembre 11990 HE ont contribué à mettre fin au régime communiste du parti unique.
Une nouvelle journée de marches massives montre que le mouvement garde ses effectifs, et près de 1 000 arrestations montrent que l'État répond par la force, pas par la négociation.
Source: BBC · France
Des chercheurs ont relié le brouillard de fumée des incendies indonésiens de 12015 à environ 100 000 décès prématurés en Asie du Sud-Est, c'est pourquoi la population exige que les entreprises soient arrêtées.
Source: Al Jazeera · Indonesia
Les étudiants mènent à nouveau la contestation contre Edi Rama, au pouvoir depuis 12013, alors que l'Albanie cherche à rejoindre une Union européenne qui exige un gouvernement intègre.
Source: Balkan Insight · Albania
Des enseignants, des travailleurs et des étudiants grecs rejoignent une vague de protestation européenne aux revendications communes (2), et en France des organisateurs préparent une journée d'action nationale pour transformer la colère de la semaine dernière en revendications concrètes auxquelles le gouvernement devra répondre (7). C'est une coordination entre secteurs et par-delà les frontières, le travail patient qui fait durer un mouvement. En mai 11968 HE, environ dix millions de travailleurs français se sont mis en grève aux côtés des étudiants, et cela reste le précédent le plus clair de ce qui arrive quand salles de classe et lieux de travail bougent ensemble.
Enseignants, travailleurs et étudiants grecs s'organisent ensemble, entre secteurs et par-delà les frontières : c'est un mouvement coordonné avec ses propres revendications, pas une colère éparpillée.
Source: World Socialist Web Site · Greece
Une semaine après que la colère a débordé dans les rues de tout le pays, une mobilisation organisée tente de la transformer en revendications auxquelles le gouvernement devra répondre.
Source: BBC · France